Théâtre Au bout là-bas


23, rue Noël Biret

84000 AVIGNON


06 41 30 53 27


du 27 juillet au 15 Août 2020

Femme non rééducable

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa

De Stefano Massini

Cie de L’Île Lauma


Théâtre Au bout là-bas Mercredi 29 juillet 2020 "Chronique d'une mort annoncée". Si Gabriel Márcia Marquez ne l'avait pas déjà utilisé pour l'un de ses romans, voici un titre qui aurait pu correspondre parfaitement à cette mise en lecture scénique.


Assis derrière un bureau, Laurent Mascles enclenche le récit ; il lit une note, datant de 2005... Avec Marie De Oliveira, ils survolent à eux deux la programmation 2020 du théâtre Au Bout là-bas, une saison hors normes, endossant ensemble ou séparément les rôles multiples de metteur en scène, régisseur, acteurs, lecteurs, entre autres... Dans le décor rouge et noir représentatif du sang versé et de la noirceur des âmes, il reste derrière un bureau, assis ou debout, elle se tient à côté de lui, dressée derrière un pupitre. Laurent est le narrateur, il représente aussi le pouvoir sous toutes ses formes, l'état de droit.


Marie est la journaliste Anna Politkovskaïa, qui rapporte ce qu'elle a pu voir et entendre, là-bas en Tchétchénie, et lorsqu'elle est intervenue dans la prise d'otages russes par un groupe de Tchétchènes au théâtre Doubrovka à Moscou les 22 et 23 octobre 2002. "Ni avis, ni commentaires, ni opinions, ni jugements." Anna ne condamne pas, elle témoigne : contre le saccage, l'assassinat, la violence, la torture et le viol. C'en est trop! On l'accuse : de diffamation, d'être folle, schizophrène, paranoïaque. Elle est incriminée, considérée comme une ennemie, menacée de tous bords.


 "De quel côté est-elle ?"

"Prendre position, est-ce faire preuve d'intelligence ? "


S'enchaînent des récits, des témoignages, des interviews relatant des faits de guerre évidemment violents, sanguinaires : exterminations, attaques, attentats,... qui se rapportent à la période allant du début de la 1ère guerre en décembre 1994 (elle s'achèvera avec la victoire des Tchétchènes en décembre 1996 ) à l'assassinat d'Anna le 7 octobre 2006 à Moscou (elle avait 48 ans). "Pour les russes, la guerre en Tchétchénie était une guerre de rebelles à dompter. Pour les Tchétchènes la Russie est une terre de chefs à chasser, dans le sang! (...) Il en est ainsi depuis le XVIIIè siècle. (...) Dans les deux camps, la guerre y est devenue pratiquement un mode de vie. (...) Les mercenaires russes, hommes jeunes, souvent orphelins, vont même jusqu'à souhaiter qu'elle ne finisse jamais." Les lettres et articles écrits par la journaliste sont terribles et beaux à la fois, sidérants. La lecture de Marie De Oliveira est hàchée, ciselée, les mots sont scindés, volontairement détachés, martelés. La voix, le ton employés dénotent la peur, l'angoisse face à l'horreur, la cruauté, la mort ; ils sont criants d'une vérité que l'on prend en pleine figure, comme une grande claque. Ce sont des textes forts, déclamés avec virulence parfois, qui nous amènent à réfléchir sur nos  propres engagements.


Merci Laurent Mascles pour cette lecture préparée pendant le confinement.

Merci Marie De Oliveira de l'avoir rejoint pour ce prémisse de mise en scène.

Merci à tous deux pour ce choix téméraire. Nous suivrons avec attention son évolution vers une version théâtralisée et sa programmation, Au bout là-bas... dans une prochaine édition du Festival d'Avignon. En attendant nous pourrons déjà dire : Anna Politkovskaïa, nous savons qui c'est.


Catherine Giraud