Entretien avec Fabienne Babe

et Jacky Kadu

Je vais au théâtre toujours comme je suis, avec ma conciliance, mon respect pour le travail accompli et plus que tout ma curiosité, ma volonté d’apprendre, mon envie de ressentir des choses, d'apercevoir ce que personne ou presque ne voit, d'aller chercher ailleurs, par-derrière, ce qui se devine, se perçoit, pour me dire : aucun doute, cela sera. Je recherche rarement la perfection qui m’ennuie, me mine, m’épuise ; je n'aime pas ce que l'on dit parfait même si j’aime à savoir que cela existe.

Plus que tout ce que j’aime, ce sont les pièces en devenir aussi riches que celle-ci, en sortie de résidence ; celles que l’on a la chance de découvrir quand elles se révèlent à nous, avant qu’elles ne dévoilent complètement tout, qui laissent à penser, ne sont pas qu'une question de feeling mais où le ressenti a quand même sa place, sont comme un vin "brut de cuve" : derrière leur apparence se dessine leur avenir, d'une manière sûre ou incertaine ...  L'essentiel est que tous les composants nécessaires y soient. Le temps, la maturité, leur apporteront le reste. En fait tout est essentiellement dans la matière brute : la terre et le raisin pour le vin, les mots, le texte pour l'écrivain ; le corps et l’esprit pour l’acteur et/ou le comédien ; les idées et la technique pour le metteur en scène. L’expression, l’harmonie, ce qui en fait une référence, viennent ensuite.

Cette pièce-ci fut tout cela pour moi.

Fruit d’un travail d’un mois à peine, Pitchipoï avec Fabienne Babe,  mise en scène par Jacky Katu était ainsi proposée au public en sortie de résidence, au Théâtre de la Porte St Michel à Avignon, pour la 1ère édition du Printemps du Off des Théâtres Indépendants. J'imagine que choisir le moment pour et décider de jouer la pièce en public ne doit pas être aisé, et que la tension doit être vive pour cette première représentation ...

En cet instant me reviennent les mots de Paolo Coelho :

"Aimer, c'est risquer le rejet. Vivre, c'est risquer de mourir. Espérer, c'est risquer le désespoir. Essayer, c'est risquer l'échec. Risquer est une nécessité. Seul celui qui ose risquer est vraiment libre".

Liberté d'être, de penser, d'imaginer ; liberté de faire, de représenter,  d'interpréter... Si la liberté n'est pas dans le théâtre et dans les arts en général,  où se trouve t-elle ? ...

Plus que jamais dans et avec Pitchipoï ... ❤


Catherine Giraud

Au détour de ce seul en scène interprété par Fabienne Babe, Simone Veil et son courage sont mis à l’honneur. Un réel hommage est proposé sur ce plateau, à la mise en scène humble et intime. Un décor doté de deux chaises et quelques accessoires, l’illustration de la vie rude d’une enfant, puis jeune femme, dont la bravoure ne peut qu’être saluée.


L’histoire d'une petite fille, Simone Veil,  qui essaye de fuir l’horreur des yeux, et s’accroche à la vie pour combattre les visions terribles d’une Allemagne en guerre où la mort et la souffrance dominent.


Tour à tour, le public est transporté dans le récit d’un jeune enfant juive, sans confort ni réconfort, affrontant, au côté de sa mère, la guerre.
Cette pièce se présente comme un conte, la comédienne s’approprie l’espace,  menant l’intrigue dramatique en compagnie de nombreux supports et atouts artistiques. Ce monologue donne l’impression d’être fondé sur le pouvoir du ressenti. Ainsi, les minutes passent et le cinéma, la danse, les bruits, les silences, le chant… tout s'enchaînent. C’est alors, que chacun de nos sens est stimulé.

Nos émotions sont entraînées dans l’imagination d’un chemin inconcevable et de sensations effroyables, qu’affronte cette enfant.


Une création extrêmement rythmée, qui propose un style audacieux et stimulant.. Ce texte est raconté avec émotion et mouvement. La comédienne incarne la jeune fille et ne cesse de soutenir chacune de ses paroles par des gestes et expressions. Son corps nous apparaît comme l’accessoire principal de son jeu, il illustre chaque émoi, frayeur ou douleur. L’on aurait presque envie de parler de performance physique et artistique. Traduire et témoigner aussi par le corps, une vision en adéquation avec le fil historique du récit se déroulent durant la seconde guerre mondiale. La trame est elle aussi très structurée, notamment par la lumière primordiale dans cette mise en scène de Jacky Katu.

Les ombres et lumières sont celles qui donnent la temporalité, et intensifient la gravité des scènes. La pièce est alors chapitrée par ces éléments visuels extrêmement stimulants.


Cette interprétation se présente donc à nous comme un réel hommage à Simone Veil, et plus largement à la bravoure et la force de vie.
Une heure trente durant lesquelles la liberté se transforme en audace, côtoyant courage et force …. Finalement, un hommage se clôturant tout en émotion et symbole, sur un Ave Maria magnifique, une pièce prônant l’émotion.


Pauline Despinoy Nurain


Metteur en scène : Jacky Katu
Interprète : Fabienne Babe