GRAND PAVOIS (THÉÂTRE LE)


13, rue Bouquerie

84000 - Avignon


du 8 au 30 juillet - jours pairs - Relâche : 20 juillet


à 20h15


tel:+33 (0)6 65 61 11 74

Pour un "quinqua", la vie semble souvent toute tracée. Et pourtant! ... peut toujours survenir l'Evènement, "débarquer " celui ou celle qui fera comprendre que ce n'est pas le cas, que la vie, les jours, ne sont pas immuables. Il se nommera Fabrice ou Patrice ou x... Elle s'appellera Catherine ou  Karine ou y... Pour Jérôme, puisqu'il sagit de lui dans le cas présent, peu importent les prénoms de celles qui défilent dans sa vie, de toute façon elles ne font que passer, il ne s'en souviendra guère, fruit d'uAne conquête parmi tant d'autres.

Pour Benjamin par contre, son colocataire, c'est différent. Lui recherche plutôt celle qui ...  ou plutôt il souhaiterait trouver ...  mais en fait cherche t'il vraiment ?  N'attendrait-il pas plutôt un signe du destin ? Poussé par Jerôme, il essaie toutefois, dans de vaines tentatives, de capter une âme sœur... mais le coeur n'y est pas. Et pour lui, à l'opposé de son acolyte, c'est le sentiment qui fait l'œuvre. C'est évident alors, quand on ne veut pas vraiment, sans réelle motivation,  rien ne marche.

Sans aucun doute, ces 2 hommes avancent ensemble, mais sur 2 voies opposées... ce qui est souvent le cas dans un couple... Car partageant chacun la vie de l'autre, c'est bien un couple qu'ils forment. À moins que ne soient représentées par ces 2 acteurs, les deux faces d'une double personnalité ?...

Toujours est-il que les jours passent et que rien ne chanAge, hormis les tensions sociales qui montent, image du monde extérieur que ramène Jerôme de ses footings matinaux... jusqu'à ce que Marie se catapulte dans leur vie et vienne bousculer cet équilibre précaire.

De deux ils passent alors à trois. Et si à deux peut se former un équilibre, du chiffre trois rien de bon ne peut advenir. Trois, c'est toujours deux plus un, ou plutôt deux contre un... Alors Marie, en franchissant la porte de cet îlot de célibataires créé autour d'un canapé et d'une machine à café, sera la tourmente qui se manifeste quand on l'attend le moins. On a beau dire, beau faire, ni les footings du matin, ni les habitudes coutumières les plus tenaces, les comportements qui semblent les plus ancrés n'y résisteront. Sans parler de l'amour, qui vous électrise alors que vous n'y croyez pas vraiment et ne l'attendez plus.

Ainsi, de ce trio bouleversé et bouleversant, que va t'il bien sortir? Ou plutôt, qui en sortira ? ...

Il y a beaucoup de psychologie dans cette pièce riche de situations, chacun pouvant y déceler une part de lui-même à un moment ou à un autre. Impossible d'être insensible aux bouleversements, aux états d'âme de ces 3 personnages, malgré la mouvance, l'excitation, les apparences trompeuses, pas plus qu'aux jeux très différents de ces trois excellents acteurs -qui se retrouveront-, entre force et puissance, réserve et tendresse, finesse et intelligence.


Catherine Giraud

La simplicité avec laquelle la scénographie s'organise autour du canapé central, de la machine à café, du distributeur de serviettes éponge, de l'affiche du film de Godard  «  à bout de souffle »  insuffle dès les premiers moments un quotidien dans lequel on se retrouve sans difficultés.

 Benjamin, scénariste de TV et Jérôme, agent immobilier sont amis. La cinquantaine, leur colocation leur assure un socle strucurant et rassurant.

 Chaque matin, lors de son jogging  Jérôme croise les manifs des étudiants, des fonctionnaires, la révolte gronde mais glisse sur lui, ne le concerne pas. Il raconte ses conquêtes féminines d'un soir ,bafoue la bienséance avec une désinvolture feinte ... ou pas ?  Benjamin lui,  peine à écrire,il est  mal dans sa peau, en manque  d'inspiration sur tous les plans .Alors ils se retrouvent, se racontent, boivent du café, sont à l'abri, dans leur bulle,  centrés sur eux-mêmes...

 Marie, jeune trentenaire, coatch d'entreprise  a besoin d'aide pour quelques semaines.Jérôme lui propose de s'installer chez eux.Leur quotidien va bientôt être bousculé. Arriveront-t-ils à trouver un nouveau souffle ?

 C'est une comédie qui pourrait rester telle si on ne posait pas un regard intelligent derrière les mots. Aller plus loin que le premier degré, on rit bien sur mais derrière chaque rire se cache une écriture qui  dénonce,qui bouscule. Chaque personnage est chargé par une personnalité, une réflexion inquiète et profonde de notre société et surtout de la difficulté d'aimer.

 Une ébauche de vaudeville qui va très vite devenir un succulent triangle de comédiens qui nous embarque dans une joute arbitrée. Paul bertho, l'auteur exploite de manière subtile tous les ressorts comiques et les situations pimentées et musclées, les rires sont garantis mais l'écriture est percutante et  la ligne rouge jamais franchie.

 La pièce se déroule sur un rythme soutenu d'une belle énergie, la mise en scène de Stéphane Hervé est juste, sure et réfléchie.Les deux comédiens Grégoire Aubert et Jean David Stepper au meilleur de leur forme accueillent Clara Ducharne. Un trio qui forme une solide colonne vertébrale. Des scènes cocasses et jubilatoires, des allées et venues entrecoupées d'excellents morceaux de musique choisis par le metteur en scène,et une lumière découpée avec intelligence par Benjamin Civil, le tout dans l'esprit de Woody Allen qui aime jongler sur les côtés sombres de la société. Tout cela apporte une belle cadence et en fait  une vraie et incontestable comédie douce-amère dotée d'un humour corrosif à souhait avec un trio charismatique qui offre au public un moment de pur bonheur.Courez voir ce spectacle tant qu'il est temps, avant que dans ce monde, on nous déconnecte encore si facilement de l'essentiel !.


Fanny Inesta

On s’en doute d’entrée de jeu ils seront trois autour d’un canapé. Situation à succès qui inspire beaucoup les cinéastes à en croire les sites sur internet, mais pas que... il y a aussi une machine à café qui fonctionne à plein débit et un meuble à serviettes qui fournit sans cesse lui aussi.


Donc dans l’appart de deux amis en colocation, deux quinquas, un scénariste de tv Benjamin et un agent immobilier Jérôme. Ils vivent dans une douce quiétude perturbée par les arrivées des conquêtes de celui -ci qui fait son footing tous les matins, bien souvent accompagné par les manifs qui empruntent le même chemin que lui.


Son ami, un écrivain en panne vit assez reclus car assez dépressif, mal dans sa peau, à l’inverse de son ami c’est plutôt le désert côté relation sexuelle. Les choses vont leur train jusqu’à l’apparition d’une jeune femme Marie une trentenaire coach d’entreprise qui ayant perdu son logement accepte l’invitation de Jérôme pour venir loger chez eux quelques semaines.


  

On pourrait penser qu’elle allait tout révolutionner, que leur vie allait exploser, il n’en est rien. C’est le cycle de la vie, avec son lot de routines, de répétitions et d’actes manqués, c’est l’éternel recommencement, qui marque les êtres mais dont on peut un beau jour enfin sortir.


Alors le point est placé sur ce don Juan d’opérette qui oublie le prénom de ses conquêtes tous les jours, et quand il arrive transpirant de son footing matinal, il n’a rien d’autre pour se rattraper qu’une serviette de toilette issue du distributeur.


Une musique des années 50 chère à Woody Allen ponctue les scènes avec bonheur, baignant le récit de notes suaves.

Nos deux quinquas Jean David Stepper et Grégoire Aubert s’envoient les répliques sans fausse note et la jeunette Clara Ducharme arrive sans mal à s’insérer et à mener son jeu entre ces deux zigotos.


La mise en scène de Stéphane Hervé, bien rythmée porte le texte assez dense de Paul Bertho, c’est léger cependant mais offre une belle étude de mœurs. Encore une belle pièce de cet auteur que l’on ne se lasse pas d’aller voir.


Jean Michel Gautier